Les BRICS s'élargissent, l'Afrique s'y positionne

Lors du sommet de Johannesburg en août 2023, les BRICS — Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud — ont annoncé leur premier élargissement majeur, incluant notamment l'Éthiopie et l'Égypte aux côtés de l'Iran, des Émirats arabes unis et de l'Argentine (qui déclinera finalement l'invitation). L'Afrique du Sud, membre fondateur, reste le principal relais africain du groupement. Cet élargissement marque une étape dans la recomposition de l'ordre international.

Pourquoi les BRICS attirent-ils les pays africains ?

L'intérêt croissant de nombreux États africains pour les BRICS s'explique par plusieurs facteurs convergents :

  • Le modèle de financement alternatif : La Nouvelle Banque de Développement (NDB), fondée par les BRICS, offre un accès à des financements d'infrastructure sans les conditionnalités politiques habituellement associées aux institutions de Bretton Woods.
  • Le narratif de la multipolarité : Les BRICS incarnent l'idée d'un monde où les pays du Sud global ont une voix plus forte dans les décisions mondiales — un discours qui résonne profondément après des décennies de marginalisation dans les instances internationales.
  • Les partenariats économiques : La Chine, l'Inde et la Russie offrent des marchés, des technologies et des partenaires commerciaux en dehors du bloc occidental traditionnel.

L'Afrique du Sud, pivot africain des BRICS

L'Afrique du Sud est le seul pays africain membre fondateur des BRICS. Ce rôle lui confère une position particulière : celui de porte-voix du continent au sein du groupement. Prétoria a régulièrement insisté pour que les BRICS intègrent davantage la perspective africaine dans leurs délibérations, notamment sur les questions de dette, de réforme du système financier international et de transition énergétique.

Cette position n'est cependant pas sans tensions. L'Afrique du Sud doit naviguer entre ses alliances traditionnelles avec l'Occident — notamment en matière de commerce — et sa volonté d'affirmer une politique étrangère indépendante.

Les limites et les interrogations

L'enthousiasme pour les BRICS ne doit pas occulter des questions légitimes :

  1. La cohésion du bloc : Les BRICS réunissent des pays aux intérêts souvent divergents — Chine et Inde, notamment, sont des rivaux stratégiques. Leur capacité à parler d'une seule voix sur les dossiers africains reste limitée.
  2. Le risque de nouvelles dépendances : Remplacer une dépendance occidentale par une dépendance chinoise ou russe ne constitue pas nécessairement un progrès en termes de souveraineté.
  3. La gouvernance interne des BRICS : Le groupement n'a pas d'institutions formelles solides ni de règles de gouvernance claires — ce qui en fait un forum de coordination plus qu'une organisation d'intégration.

Réforme du FMI et de l'ONU : le vrai enjeu africain

Au fond, ce que les pays africains cherchent dans les BRICS et dans la multipolarité en général, c'est une réforme des institutions internationales qui leur accordent davantage de droits de vote au FMI et à la Banque mondiale, et un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Ces revendications, exprimées depuis des décennies sous l'étiquette de l'"Agenda 2063" de l'Union africaine, constituent l'horizon véritable de la diplomatie africaine contemporaine.

Conclusion

L'engagement de l'Afrique avec les BRICS est un signe tangible de la recomposition des alliances mondiales. Il témoigne d'une volonté africaine d'élargir le spectre des partenariats disponibles. Mais la souveraineté véritable se construira moins dans les adhésions à des blocs que dans le renforcement des capacités institutionnelles, économiques et politiques internes du continent.